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L’âge des Lumières
Libéralisme, égalitarisme, progressisme

Le blog


26 novembre 2016 - Un vrai Fillon, des faux-fuyants

fillon_fuyant

Un grand classique : dans le programme de Fillon, on joue sur la confusion qu’introduit cette fallacieuse et sournoise distinction entre cotisations salariales et cotisations dites « patronales » (et bien sûr le terme de « cotisations » est remplacé par celui de « charge », mais c'est bien le moins…).

On dissimule ainsi le fait qu’une baisse des cotisations dites «patronales» est un moyen de baisser les salaires - les salaires super-bruts, s'entend, c'est-à-dire ceux dont dépend réellement non pas le simple pouvoir d'achat, mais bien le niveau de vie lui-même. On dissimule aussi le fait qu'une baisse des cotisations salariales aboutit certes à une hausse des salaires nets et donc du pouvoir d'achat, mais pas du tout à une hausse du niveau de vie.

La stratégie qui se dessine n'a rien d'original, je pense qu'une bonne partie de la droite rêve depuis belle lurette de pouvoir un jour la mettre en œuvre. L'objectif est double :

1- Démanteler la Sécurité sociale (Fillon ne s'en cache même plus), sous prétexte de « liberté de choix », afin d'augmenter les parts de marché des assureurs privés et ainsi d'augmenter l'assiette de la rente ;

2- Baisser les salaires super-bruts, sous prétexte de « compétitivité », afin d'augmenter le taux de la rente.

La méthode, très simple, en deux points :

1- Baisser les cotisations dites « patronales » et donc les salaires super-bruts ;

2- Baisser les cotisations salariales, voire aussi la CSG et l'IRPP, afin d'augmenter les salaires nets voire les salaires nets d'impôts.

Le double objectif est ainsi atteint :

1- Les sources de financement de la Sécurité sociale sont en grande partie asséchées, ce qui implique de la démanteler au moins en partie et d'offrir le marché aux agents privés > augmentation de l'assiette de la rente ;

2- Les salaires sont réduits > augmentation du taux de la rente.

Cerise sur le gâteau : comme les salaires nets ont un peu augmenté, avec un peu de chance, les gens ne verront pas tout de suite que leur niveau de vie a en fait baissé.

Alors les gens, il faudrait comprendre : une baisse des so-called « charges patronales », C'EST une baisse des salaires et une baisse de niveau de vie pour les salariés ; une baisse des cotisations salariales et/ou de la CSG et/ou des impôts, CE N'EST PAS une hausse des salaires ni une hausse du niveau de vie des salariés.


26 novembre 2016 - Flux d’énergie naturels et flux d’énergie artificiels

femme_au_foyer Le monolithe, dans la scène d’ouverture de 2001 L’Odyssée de l’espace.

Il est très étrange que dans le débat sur la politique énergétique, on ne fasse pas la distinction qui me paraît essentielle entre flux d’énergie naturels et flux d’énergie artificiels.

Je m’explique.

Les flux d’énergie naturels, c’est ce que l’on appelle généralement, et de manière assez impropre à mon avis, «énergies renouvelables» : des flux d’énergie qui existent déjà dans la nature, avant toute intervention humaine (rayonnement solaire, déplacement des masses d’air ou d’eau, etc).

Les flux d’énergie artificiels, ce sont au contraire ceux que l’homme crée en déclenchant lui-même des réactions chimiques (combustion ou oxydoréduction) ou nucléaires (fission ou fusion, même si la fusion n’est pas encore bien maîtrisée). C’est donc le nucléaire (fission, fusion), mais c’est aussi la bougie (combustion). La bougie, c’est-à-dire le feu. La première fois que l’homme a créé un flux d’énergie artificiel, c’est quand il a inventé le feu.
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25 septembre 2016 - Ce n’est pas le burkini qu’il faut interdire. Ce qu’il faut interdire, c’est la femme au foyer.

femme_au_foyer La « journée de la femme », vue par le dessinateur algérien Ghilas Aïnouche.

Depuis que la lutte des classes est réputée ne plus exister (vu que la lutte des classes, ce n’est pas gentil), la « gauche », ou plutôt la gôche, ou plutôt l’imposture ectoplasmique censée en tenir lieu, s’applique à ignorer superbement, toujours, les conditions structurelles de l’inégalité. Les structures sociales au sens large, et les structures économiques en particulier, ça fait très mauvais genre (ça fait genre marxiste).

Quand il s’agit de voile « islamique » type hijab, ou de niqab, ou de burqa, ou du désormais célèbre burkini, on est très vite amené à se poser une question bien légitime : s’il est bien évident que certaines femmes portent ces vêtements de leur plein gré, et que d’autres y sont plus ou moins contraintes par leur mari, leur(s) frère(s), leurs oncles et tantes, leur famille, leur milieu, les hommes du quartier, et je ne sais qui encore (sans parler des femmes qui se vêtiraient ainsi à l’insu de leur plein gré, mais là, ça complique), est-il possible de savoir quel est le cas de figure le plus courant ? Comment pourrait-on être sûr que les femmes portant ces vêtements, ou au moins une forte majorité d’entre elles, sont réellement libres de leur choix ?
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6 mars 2016 - Aux origines du rêve américain

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Le fier vaisseau baptisé Hermione a fait escale à Brest au mois d’août dernier, et il s’est trouvé par hasard qu’au moment où la frégate achevait sa traversée retour, je lisais ces réflexions d’Adam Smith au sujet de l’administration des colonies de l’Amérique du nord, et des « troubles » qui se manifestaient dans ces contrées au moment où le grand homme écrivait La richesse des nations. Deux politiques étaient envisageables, nous dit Smith : il fallait ou bien accorder l’indépendance, ou bien accorder aux sujets des colonies les mêmes droits qu’à ceux de la Grande-Bretagne, avec en particulier une juste représentation parlementaire [1]. Cela va sans dire et toujours mieux en le disant, même deux siècles plus tard. En outre, en 1776, bien avant cet autre libéral visionnaire que serait Tocqueville, et plus d’un siècle avant que la chose advînt, Adam Smith annonçait aussi le triomphe mondial de l’Amérique, et la relégation de la Grande-Bretagne à un rang inférieur, précisant que cela pourrait se faire « dans le cours peut-être d’un peu plus d’un siècle ».
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6 mars 2016 - Emmanuel Macron, une imposture intellectuelle

Du temps où je traînais sur les réseaux sociaux, il arriva un jour (c’était en octobre dernier je crois) que le blogueur Rudy Reichstadt fût pris d’extase en écoutant les propos tenus par M. Macron lors de cette séance de questions-réponses (voir ci-dessus), et se sentit obligé de partager bruyamment son enthousiasme. Je cite :

« Un ministre de l’Economie trentenaire qui s’exprime, de cette manière-là, sur la « technicisation de la politique », le « post-modernisme » et la démocratie (voir de 21'20'' à 26'35''), ça ne s’était jamais vu et on risque de ne plus le revoir de sitôt… Macron est un ovni. Mais cette petite vidéo a fait moins de 2 300 « vues » à ce jour. Les autres postées sur son compte Dailymotion font quelques centaines de vues en moyenne quand, dans le même laps de temps, des démagos débiles et haineux en font 1 000 fois plus. Il faut croire que l’époque n’aime pas l’intelligence. »

Sans déconner… mais sans déconner. Macron qui nous parle d’idéologie et qui veut se faire passer pour un penseur… J’ai souvent trouvé Reichstadt plutôt bon dans son registre (en tout cas meilleur que Caroline Fourest, mais d’un autre côté ce n’est pas très difficile). Cependant, confondre Macron avec un intellectuel, et considérer cette succession de platitudes affligeantes (de 21'20 à 26'35) comme le produit d’une intelligence qui sortirait du lot, c’est inquiétant. M. Reichstadt n’est pas le seul à faire ce genre de portrait de notre ministre de l’économie. L’imposture est tellement flagrante que c’en est presque gênant, pour le ministre lui-même ainsi que pour ses thuriféraires si empressés. Que Macron continue donc à déréguler et à baisser les salaires, mais de grâce qu’on cesse de porter aux nues ses pseudo-fulgurances qui nous navrent. D’ailleurs j’aimerais bien savoir, c’est quoi le « grand récit » qu’il nous propose, ou que peut-être il envisage de nous proposer ? Les riches en TGV, les pauvres en car ? C’est ça le grand récit ? C’est ça l’idéologie ? Le retour de la ségrégation sociale, et bientôt, avec l’infâme loi El Khomri, le retour au XIXè siècle ? (Si vous ne voulez pas retourner au XIXè siècle, c’est que vous êtes un méchant « conservateur », un immobiliste, un passéiste ; ce qui n’est pas très logique ; en tout cas n’oubliez pas de signer la pétition.) A la limite, le ministre nous ferait du Hayek canal historique, du Friedman, du Thatcher, du libertarien, je dis pas ; cela peut avoir du souffle (un souffle destructeur, mais au moins, un souffle). Alors que la loi Macron, et la philosophie politique de pacotille qui va autour… comment dire…
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3 mars 2016 - Capitalisme et croissance, un divorce de raison

medef_veut_toutQuestion du jour : le capitalisme en général, et le « capitalisme actionnarial » en particulier, est-il productiviste ? Est-il assoiffé de croissance ?

C’est ce que veulent (nous faire) croire les partisans de la « décroissance », de la « sobriété heureuse », de la « simplicité volontaire », de l’« abondance frugale » et autres abominations, oxymores, billevesées et coquecigrues.

Yann Kindo, l’auteur de l’excellent blog La faucille et le labo, avait bien raison de le souligner dans un de ses récents billets : les grands détenteurs de capital, et les gestionnaires par eux mandatés, n’ont que faire de la croissance, du développement des forces productives, et du développement tout court.

Soyons très schématiques. Imaginez que vous êtes l’un des gros actionnaires de l’entreprise X. En 2015, le chiffre d’affaires de cette entreprise a été de 100, dont 60 sont allés aux salaires. A votre avis, pour 2016, des deux cas de figure suivants, lequel sera le plus avantageux pour vous, financièrement parlant ?
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29 février 2016 : « Antilibéralisme », un suicide de gauche

antiliberalisme_suicideC’est un genre de suicide collectif. La gauche et surtout la « gauche de la gauche », en tout cas en France, et même au-delà en Europe, sont officiellement en croisade contre le « libéralisme ». Et il y a pire : la « gauche de la gauche » n’hésite pas, hélas, dans de fréquents élans de furie, à se qualifier d’« antilibérale ». Une folie.

(Eh oui, j’ai trouvé cette illustration chez Contrepoints ; je confesse fréquenter parfois ce site libertarien où l’on se permet de critiquer la politique du président Allende, voire pire ; se confronter à ce genre de point de vue est un bon exercice politique.)

Une folie, et un énorme cadeau fait aux antiplanistes de toutes obédiences : ordolibéraux, néolibéraux, ultralibéraux ou libertariens, qui n’en demandaient pas tant. L’étendard de la liberté, ils s’en étaient emparés sans demander la permission - et de fait ils n’ont pas besoin de demander la permission. De là à imaginer que leurs adversaires (plus ou moins) planistes leur en laisseraient le monopole… Voilà pour eux un avantage aussi énorme qu’inespéré. Quant à imaginer que les autres crétins iraient jusqu’à se revendiquer de l’« antilibéralisme », alors là… comment dire ? En attendant que la « gauche de la gauche » ait la bonté de se désigner elle-même comme « fasciste », les antiplanistes n’ont plus guère de peine à imposer l’idée que la gauche (de la gauche) est une ennemie de « la liberté » ou « des libertés » ; qu’elle a des penchants crypto-totalitaires ; et que ses tenants sont probablement de dangereux « rouges-bruns », qui s’ignorent peut-être mais n’en sont pas moins vicieux. Autrement dit, la « gauche de la gauche » fournit à ses adversaires une arme de destruction massive dont on peut constater l’efficacité en voyant simplement quels sont les élus que nous avons portés au pouvoir ces trente dernières années.
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28 février 2016 : Croissance ou décroissance, une fausse question ?

merde_au_pouvoir_dachatCela faisait trop longtemps que je n’avais plus fréquenté l’excellent blog de Yann Kindo. Je découvre donc aujourd’hui ce billet consacré aux pesticides, et cet autre billet consacré au débat sur la croissance et la décroissance. J’ai à vrai dire quelques réserves sur la première partie de celui-ci (à propos de la croissance - voir la page d’accueil du site).

Et puis, à votre avis, qu’entend exactement l’auteur par « prise de contrôle de l’économie par les travailleurs », ou « économie planifiée sous contrôle des producteurs » ? (Et tout cela « à l’échelle mondiale », tant qu’à faire, pourquoi se gêner.) On ne le saura pas. Evidemment. Le moins que l’on puisse dire est que tout cela est terriblement vague, pour ne pas dire un peu fumeux. Je ne suis décidément pas compatible avec ce genre d’approche de type marxiste-canal-historique, où l’on est très radical sur la théorie, mais sans esquisser la moindre proposition pratique. Ma conviction est qu’il faut mettre systématiquement des idées très concrètes sur la table. On ne trouvera point de salut avec de simples formules toutes faites, fussent-elles dans la ligne de je ne sais quelle orthodoxie marxiste.
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24 février 2016 - La drogue chez Taddéi : ordre moral 1, libertés individuelles 0

aymeric_monville Bon, je me suis farci ce débat (émission du 19 février 2016). J’ai dû supporter en particulier le discours complètement délirant d’Aymeric Monville (photo), psychopathe clouscardoïnomane shooté à la psychanalyse, qui semble-t-il navigue un peu dans le sillage de Jean-Claude Michéa et pourchasse donc le croque-mitaine « libéral-libertaire ».

Quelqu’un lui dit que ça n’existe pas ou on le laisse s’amuser tout seul ? Totalement halluciné, ce type s’imagine aussi que le cannabis « porte une idéologie » (sic), alors que l’alcool, non. Complètement jeté, le mec. Il cite le Monde diplomatique (à propos du journal The Economist, qui défend depuis belle lurette la légalisation des drogues), mais il ne doit pas le lire si souvent, le Diplo.
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